vendredi 11 janvier 2013

L'avenue Louis Bertrand




L'avenue Louis Bertrand est une des plus belles artères de Bruxelles
Le Schaerbeek urbanisé, tel que nous le connaissons aujourd’hui est tout récent. Jusqu’au XIXe siècle, Schaerbeek est un petit village situé à quelques kilomètres de l’enceinte fortifiée de la ville de Bruxelles. On se croirait au moyen-âge. Quelques fermes sont disséminées dans les champs. Elles approvisionnent les marchés de la capitale en céréales, légumes et fruits. Au cœur du village, autour de l’ancienne église Saint-Servais, de petites maisons se serrent les unes contre les autres en une dizaine de ruelles qui serpentent tel un labyrinthe. 

L'ancienne église Saint Servais telle qu'on la découvrait 
en venant de la chaussée de Haecht

Mais la marche vers le progrès est inéluctable. Dès 1818, on démolit les remparts de Bruxelles. En 1835, la première ligne de chemin de fer est construite sur le continent. Elle part de l’Allée Verte pour rejoindre Malines. Elle traverse Schaerbeek et pas moins d’une quinzaine de passages à niveau entravent la circulation. En 1860, l’abolition du droit d’octroi va considérablement changer la physionomie des abords de Bruxelles.

L’urbanisation se fait de manière complètement anarchique. Des propriétaires de terrains peu scrupuleux s’improvisent promoteurs et créent des rues uniquement en fonction de leurs intérêts. En 1864, la commune reprend les choses en main et édicte enfin des règles très strictes. Il est alors décidé d’assainir le vieux Schaerbeek. L’idée est de construire une large avenue résidentielle de 40 mètres de large, longue de 250. Elle partirait du haut de la chaussée de Haecht pour rejoindre le futur Parc Josaphat. Le projet est ambitieux. Pour la première fois, la création d’un quartier amène une réflexion globale sur le développement ultérieur de la commune.

A coup d’achats de gré à gré et d’expropriations, la commune se rend propriétaire d’un terrain suffisamment vaste afin d’entamer les travaux. Tout va commencer par la destruction de l’ancienne église Saint Servais. Les artistes et la presse se révoltent mais rien n’y fait. Le vieux village est rasé. Ne reste que l’ancienne cure du XVIIIe encore visible aujourd’hui. Le promeneur la reconnaîtra facilement. C’est la seule bâtisse en retrait, elle se cache derrière des grilles cadenassée. Lors de l’inauguration de l’avenue Louis Bertrand, l’immense Vase des Bacchanales, commandé et offert par l’industriel Waroquée et créé par le sculpteur Godefroid de Vreese, sera installé à l’emplacement précis du cœur de l’ancienne église. Vu le sujet, on peut aisément deviner de quel bord appartenait les autorités locales de l’époque. Une fresque en céramique, posée sur la façade de l’immeuble conçu par Gustave Strauwen rappelle au promeneur ce qu’était l’ancien Schaerbeek. 

Le vase des Bachanales avec tout au fond de l'avenue, le Parc Josaphat



Pas très catholiques, ces Bachannales situées à l'emplacement exact
 de l'ancienne église Saint Servais !

Pour que le développement urbanistique de Schaerbeek soit de qualité, l’administration communale met en place des incitants financiers afin que les bâtiments construits soient de qualité. Elle impose un coût de fabrication minimum de 50 francs le mètre de façade. Ce qui est énorme pour l’époque. La demande de permis de construire ne sera acceptée qu’après étude approfondie du devis présenté par le maître d’œuvre. Un concours de façades annuel est également mis en place. Un crédit annuel est réparti sous forme de primes qui récompensent les lauréats. Inauguré en 1905, il perdurera jusqu’en 1931 avec une interruption entre 1915 et 192. Le jury est composé au minimum d’un architecte et d’un notable choisis par l’Institut Supérieur de l’Art Public, d’un architecte de la Société Centrale des Architectes de Belgique et d’une personnalité de la Maison Communale. Le jury prend en considération l’artère, l’endroit où la façade est construite et regarde si l’œuvre contribue à l’embellissement de la rue. Il tient compte également de l’importance de la façade, de ses dimensions et du nombre d’étages. Quand les propriétaires reçoivent leurs prix en espèces, les architectes, eux, sont récompensés par des médailles (or, vermeil, argent, bronze). Entre 1906 et 1911, douze maisons de l’avenue Louis Bertrand seront ainsi primées. Il faut noter qu’aucun des deux immeubles de Gustave Strauwen, situés de part et d’autre de la rue Josaphat, ne sauront primés ce qui exaspérera les tenants de l’Art Nouveau. Pourtant, ces deux immeubles sont de toute beauté. Un soin tout particulier est apporté au choix des matériaux, au traitement du décor. Les ferronneries ne sont qu’entrelacs et circonvolutions, les boiseries sont dessinées spécialement pour le bâtiment.


La façade du 53-57 avenue Louis Bertrand, 
une des plus belles réussites de Gustave Strauwen

La marquise du 65, l'autre immeuble de l'avenue Louis Bertrand 
signé Gustave Strauwen  


La plupart des maisons et immeubles de l’avenue Louis Bertrand sont de style éclectique. Celui-ci répond aux normes de bon goût de la bourgeoisie d’alors. Il se caractérise par ses références au passé et se décline en néogothique, néoroman ou néo renaissance flamande. Chaque façade est différente, elle reflète l’individualité de celui qui l’a fait construire. Malgré tout, une véritable harmonie se dégage de cette diversité et la qualité des finitions est telle que cette avenue reste sans conteste l’une des plus belles de Bruxelles. Construite en 1970 à l’emplacement de l’ancien Palais des Sports, se dresse l’imposante tour Brusilia. Avec ses 35 étages et ses 100 mètres de hauteur, elle est le plus haut immeuble résidentiel de Belgique. 


1905-1970 Le raccourci est saisissant


Au niveau des bonnes adresses, j’en ai quelques unes à vous recommander. Il y a bien sûr ces trois restaurants italiens incontournables  que sont le Stelle, l’Osteria delle Stelle et la Buca di Bacco. Le Namasthé, épicerie-salon de thé qui ne vend que des produits bio de toute première qualité, mérite sans conteste une petite visite. Quant à la Librairie 100Papiers, son espace convivial fera certainement le bonheur de tous les schaerbeekois amoureux de bonnes lectures et de beaux livres. Et je n'oublierai certainement pas le Café Poussette, premier établissement à accueillir les papas, les mamans ET leur poussette. Tandis que les adultes se retrouvent entre eux pour boire un verre ou manger un bout, les petits ont leur espace où ils peuvent s'amuser en toute sécurité....

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